Ici je vais te raconter mes trois visites au centre d'aide de Yasothon. L'association enfants du Mekong associée à d'autres synergies participe au fonctionnement d'un centre d'aide aux malades et enfants orphelins. La 1ère visite fut très dure mais à la seconde jetais mieux armé ; j'ai pris les choses en mains et donné un coup de main.
1 ère visite à Yasothon
Dans le bus qui me ramenait à Bangkok, je pensais à ma journée à Yasothon et une larme coulait sur ma joue. Moi 38 ans, je pleure... encore aujourd'hui en écrivant mon histoire j'ai les yeux mouillés. Le centre de Yasothon est à 600 km de Bangkok et les moyens pour y accéder ne sont pas plus pratiques que çà. Rien que d'y aller c'est un peu l'aventure ; il faut compter 10h de train quand il n'y a pas de retard (et 7 heures de retard n'aurait rien d'inhabituel) puis 3 h de bus. Lors de mon arrivée au centre, j'avais été accueilli par Noëlle et Constance (2 volontaires très dynamiques) qui pourtant avaient fort à faire ce jour-là : de nombreux malades de la région avaient été amenés au centre pour une journée de soins et d'informations. Il est à noter qu'il faut remercier le médecin de l'ambassade de France à Bangkok qui sur son temps et ses deniers vient prendre soins des malades. Le centre de Yasothon prend en charge de jeunes drogués et tente de les réinsérer dans la vie (le yaba =drogue qui rend fou fait des ravages grâce à un prix très attractif). Il prend aussi en charge des enfants dont les parents sont malades du sida, parfois les enfants le sont aussi et alors comment décrire le regard plein de tristesse et de détresse de cette petite fille de 7 ans (15kg) qui allait bientôt nous "quitter" sans comprendre ce qui lui arrivait. Mais le but de ma visite c'était surtout de voir mon filleul. Mon filleul est un "privilégié" parmi les enfants que gère le centre car bien qu'issu d'une famille extrêmement pauvre, il vit avec sa famille au complet. Comment décrire leur maison ? Quelques murs en parpaings, un toît en tôle ondulée rouillée, pas de porte, pas le moindre confort. J'ai d'abord rencontré son père qui est cyclo-pousse, il travaille 7 jours sur 7 pour gagner entre 100 et 150 baths (18 a 27 F) par jour pour nourrir 8 personnes (c'est dire combien une aide d'un parrain a de l'importance pour eux). Mon filleul était si intimidé de me voir qu'il n'osa pas me parler de la journée mais que de sourires et de "wai" (salutations mains jointes) lorsque je lui donnai les quelques petits cadeaux que je lui avais amenés. Il parlait plus aisément avec une volontaire du centre et finalement je parvins à lui faire dire son alphabet en anglais en fin de journée. Non mon petit Out je ne t'oublierai pas et même je peux te promettre de revenir te voir un jour. En fin d'après midi j'ai accompagné les volontaires du centre pour promener les petits jusqu'à un Wat (temple) voisin. Lors du départ, un des jeunes drogués du centre monta avec nous dans le pick-up pour aussi se promener mais n'y fut pas autorisé car il avait "mal agi" quelques jours auparavant, il eut alors une expression si triste que je ne l'oublierai jamais. Près du Wat des graines furent achetées et les petits purent s'amuser à nourrir les poissons du lac. Des sourires et des rires.. . Mais il est impossible de décrire par de simples mots l'émotion ressentie à l'égard de la gentillesse de ces enfants pourtant tant maltraités par la vie. Et encore ils ont la "chance" d'être à l'abri dans ce centre. Combien d'autres à la rue sont livrés à tous les risques: drogue, prostitution ou esclavage moderne dans quelques ateliers clandestins de contremarques. Quelques photos et voici la journée finie. De faire un tour dans cet endroit je peux vous dire que cela remet les idées en place et que les petits soucis de chaque jour nous paraissent vraiment futiles au regard des combats livrés là-bas et dans pleins d'endroits du monde où il faut se battre juste pour être encore vivant demain. La plus belle chose que je puisse vous souhaiter c'est comme moi d'aller un jour rendre visite à votre filleul(le) dans un de ces pays lointains puis à votre retour de pouvoir vous dire que quelque part dans le monde vous aidez une famille à avoir "la tête hors de l'eau". Peut-être même c'est lui donner une chance d'un avenir meilleur avec un peu d'éducation en plus. Et si vous, eux, moi et chacun de nous fait ce petit geste c'est la misère qui en prendra un bon coup dans les dents. 135F = 7 paquets de cigarettes ou 2 bouteilles de pastis - c'est un choix. (juin 2001)
Pour cette 2ème visite j'avais passé la nuit dans le bus avec un ami thaï pour amener des médicaments récupérés auprès des pharmacies de mon village. Et c'est à 5 heures du matin que nous étions arrivés au centre (suthasinee noiin fondation for children and young). Les chiens qui me reconnurent nous laissèrent passer sans encombre puis nous prîmes un peu de repos sur les chaises, dehors. Vers 7 heures les volontaires ouvrirent le centre puis nous prêtèrent un bungalow pour que nous puissions dormir un peu. Puis c'est l'arrivée des enfants vers 9 heures; tout le monde s'entasse dans les 2 pick-up pour partir vers une école. Seuls les plus jeunes vont rester à la garderie, parmi ceux là mon "super copain" "Pake" 3 ou 4 ans il se souvient de moi: j'ai droit à plein de sourires. Puis, je demande aux membres du centre s'ils ont besoin d'un coup de main, des trucs à bricoler. Finalement il y a une fuite d'eau :j'en profite pour contrôler toute la plomberie. Mais le problème c'est que la fuite est dans la cour sous le béton. Mac Gyver au secours ! Pas de burin ! Un marteau antédiluvien, une pointe de 110 et me voilà sous un soleil de plomb en train de taper dans le béton (ho bonne mère c'est dur de bosser sous ces latitudes). Une petite analyse des pièces à acheter et me voici parti avec un membre du centre à moto. Chez le marchand de dessins, des gestes pour faire savoir ce que je veux. Sur le chemin du retour patatra la bécane tombe en panne. Bon enfin coup bol on est juste en face d'un garage de motos. Attention je dis garage de motos ; je devrais dire une cabane en bois et tôles ondulées. Et les outils ce n'est pas du Facom mais bon avec des astuces et la gentillesse du mécano local qui me prête ses outils je réussis à remettre la bécane en route. Retour au centre on finit les réparations mon ami et moi. Au centre un repas qui pour un européen blasé pourrait paraître bien ordinaire fait localement office de festin de roi (ho merci que c'était bon) puis, comble du luxe, je suis invité à prendre une douche chaude. Merci ! Ça fait un bien fou. Il va bientôt être l'heure où mon filleul sort de l'école, une volontaire du centre m'emmène en pick-up. Sur la route un contrôle de police ; elle n'a pas son permis mais le centre étant bien connu ça se passe bien, elle explique au policier venu me contrôler que je suis aussi venu donner un coup de main au centre alors là on oublie le contrôle, grand sourire, et salut réglementaire. Nous voici à l'école. Mon filleul arrive et on le ramène chez lui. Plutôt courageux, ce petit garçon a décidé d'aller à une école qui est bien plus loin de sa maison mais qui lui donnera plus de chance pour réussir. On passe au magasin, on achète des glaces, il choisit une cassette mais arrivé chez lui, son Walkman ne marche plus, je lui donne le mien. Puis nous marchons jusqu'à un petit marché pour boire un soda. En route d'autres enfants nous interpellent, il est vrai que dans le quartier les "farang"(étrangers) sont rares, nous discutons quelques minutes. Puis nous rejoignons le père de "Out" mon filleul dans le centre ville pour y attendre mon car. Le papa a repeint son cyclo et en est très fier. J'essaie de le conduire mais oulala c'est dur ça!!! Et pas de dérailleur. Quelques sourires et déjà c'est le soir mon bus arrive et je poursuis ma route (décembre 2001)
Pour cette 3ème visite comme d'hab j'ai amené mon lot de médicaments. A la douane, j'ai rigolé avec les douaniers qui m'ont demandé en se marrant si je transportais du viagra! (véridique!). Il est à remarquer l'extrême gentillesse de ces douaniers qui, comprenant que ces médicaments étaient destinés au centre et quoique n'étant porteur d'aucun document officiel, ne m'ont fait payer aucune taxe. En arrivant quelle surprise! en six mois un bâtiment avait surgi de terre (financé par un ex ministre de la justice (qu'il en soit ici remercié). Le neveu du père Tenault était, quant à lui, venu pour plus longtemps afin d'aménager des chambres et une nurserie dans les anciens et nouveaux bâtiments. Cet excellent plaquiste, avec l'aide de bénévoles thaïs, avait bien entrepris le boulot mais bloquait sur des problèmes électriques. Mon arrivée ce jour-là lui donna toutes les réponses (sacré coup de bol non?). Ce qui lui permit de terminer son ouvrage car l'inauguration par Monsieur le ministre était imminente. J'ai passé la journée à lui faire des croquis, à lui expliquer les rudiments de l'électricité, à me rendre dans les magasins faire les achats de matos électrique, à traduire (plus ou moins) à ses collègues thais afin de me faciliter la tâche. Mon filleul était parti faire du babby-sitting .. je n'ai pu le voir ...
la suite au prochain voyage!
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